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Le génocide des Yézidis – Histoire d’un peuple persécuté et bataille pour la reconnaissance

24/2/2025

Citer cet article (ISO-690) :
Romane AUBERT
,  
2025
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Le génocide des Yézidis – Histoire d’un peuple persécuté et bataille pour la reconnaissance
,  
CEDIRE.

Qui sont les Yézidis ?

 

Les Yézidis sont une “minorité ethnoreligieuse ayant leurs racines historiques en Irak, Turquie, Syrie et Iran”1

La religion yézidie apparaît 2 000 ans avant J-C, et est une religion monothéiste, transmise à l’oral, trouvant ses origines dans le zoroastrisme, et dans laquelle « s’ajoutent des influences chrétiennes et islamiques »2. Les yézidis ne croient pas en l’existence d’une force maléfique (diable, satan), opposée à Dieu3 mais en « sept anges dont le chef est représenté par l’ange Paon (Tawûsî Melek), et en un seul Dieu qui représente le principe du Bien et du Mal en même temps. »4.

En Irak (ou Iraq)5, la population yézidie est kurdophone et représenterait, selon des estimations non officielles entre 550 000 et 600 000 personnes dans le pays6. Les Yézidies se trouvent principalement dans les régions kurdes, au nord-est de l’Irak. 

Les Yézidis peuplent également l’Iran, la Turquie (ou République de Türkiye) et forment une grande diaspora notamment en Arménie, Géorgie et Russie, aux États-Unis et en Allemagne. 

Le génocide des Yézidis

À partir de juin 2014, l’organisation État islamique6 lance une série d’assauts en Irak et s’empare de vastes territoires dans le nord et le centre du pays. Mossoul, deuxième ville d'Irak, tombe aux mains des combattants de l’organisation7.

Le 3 août 2014, la région du Sinjar, habitée par la communauté yézidie irakienne est attaquée par l’EI. Les villages yézidis localisés dans le gouvernorat de Ninive sont pris d’assaut par l’organisation qui se lance dans une campagne d’assassinats et d’enlèvements à l’encontre des populations.

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L’EI considère les Yézidis comme « des hérétiques à asservir ou à mettre à mort »9 et orchestre un génocide10 de cette communauté.

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants. S’ils n’acceptent pas de se convertir à l’islam, ils sont tués sur place tandis que les femmes et les filles sont enlevées pour être ensuite vendues en tant qu’esclaves sexuelles pour les jihadistes de l’organisation. Les jeunes garçons sont, quant à eux,  dès l’âge de cinq ans convertis à l’islam et emmenés dans des écoles où ils apprennent à se servir des armes11 pour rejoindre les rangs du groupe. Les sanctuaires et lieux de cultes yézidis sont également systématiquement détruits par l’EI dans le but d’éradiquer toute trace de la culture de ce peuple.

Certains survivants racontent avoir été soumis à des travaux forcés et des traitements inhumains quand d’autres confient avoir été victimes de trafics d’êtres humains vers la Syrie12. Au moment de l’irruption de l’EI dans le Sinjar, la population du district était estimée à 308 315 personnes, appartenant en majorité à la communauté yézidie, en l’espace de quelques jours, environ 200 000 personnes13 fuient le Sinjar pour le Kurdistan irakien ou les zones demeurant encore sous le contrôle des Peshmergas14.

Histoire d’une minorité persécutée

Au cours de leur histoire, les Yézidis ont été maintes fois, la cible de nombreuses persécutions voire d’actes génocidaires. Il apparaît dès lors important de retracer l’histoire de ces violences et la manière dont cela a impacté la mémoire collective des Yézidis. 

La violence qu’expérimentent les Yézidis au Moyen-Orient s’inscrit dans l’histoire de la violence politique de la région qui « puise ses racines dans le passé ottoman. »15 et qui se perpétue par la suite dans les systèmes politiques des États-nations qui apparaissent après la Première Guerre mondiale.

À l’époque ottomane, l’Empire ne reconnaît comme sujets de pleins droits, les musulmans sunnites16, l’islam sunnite étant le caractère surtout à partir de la fin du 19ème siècle, sur lequel repose l’identité ottomane17. Les communautés non musulmanes de l’Empire issues de la tradition abrahamique, bénéficient d’un statut d’autonomie de la part de l’Empire ottoman et sont organisées en millets, soit des « communautés religieuses légalement protégées (dhimmi) »18, qui se gèrent de manière autonome tout en étant cependant soumises à des restrictions dans l’exercice de leurs cultes et sommées de payer un impôt19

Les Yézidis n’ont pas, malgré leurs tentatives de reconnaissance, réussi à bénéficier de ce statut de millet dans la mesure où ils étaient considérés par l’Empire comme des « hérétiques » et ont subi des violences de la part des Ottomans. 

Vers la fin du XIXème siècle, la montée des nationalismes ainsi que les réformes entreprises par l’Empire ottoman et l’ingérence des puissances européennes dans ses affaires, mènent à l’éclatement d’épisodes de violence notamment envers les communautés non-musulmanes. La décision d’imposer la conscription au sein de l’Empire débouche sur un refus de nombreuses communautés non-musulmanes à l’instar des Yézidis qui voient dans cette conscription une tentative des Ottomans de les convertir à l’islam20. De là, éclatent plusieurs épisodes de violences et de massacres à l’encontre de cette communauté identifiée par les Ottomans comme apostats21. Ce terme d’apostat revient en 2014 chez les membres de Daesh pour justifier l’esclavage des femmes et des enfants yézidis lors du génocide dans la région du Sinjar.

Les massacres perpétrés par les Ottomans sont désignés par les Yézidis sous le terme ferman,  pour définir les nombreux massacres dont ils seront les victimes au cours des siècles22. La communauté yézidie compte en tout 74 ferman, le génocide des Yézidis par Daesh en août 2014 constituant le 74ème

Après la Première Guerre mondiale, au sein des nouveaux États-nations qui émergent sous l’égide des puissances britanniques et françaises, ces dernières reprennent les rapports de domination préétablis durant l’ère ottomane. Ainsi, à la création de l’Irak, des lois au caractère discriminant à l’égard des minorités sont adoptées, légitimées par la diffusion d’un nationalisme arabe, et impulsent différents épisodes de violences à leur encontre, notamment durant la période de 1958 à 2003 durant laquelle des régimes militaires se succèdent23 s’appuyant sur ce nationalisme.  

Durant cette période, les Yézidis seront notamment victimes d’une politique d’arabisation menée par le parti Baas24, parti politique fondé officiellement en 1947 sur l’idéologie nationaliste arabe et socialiste. 

Cette politique d’arabisation consiste en l’expulsion de populations et la destruction de villages de certains groupes irakiens non-arabes, à l’instar des Kurdes, des Turkmènes, des Yézidis ou des Assyro-chaldéens ; puis d’un remplacement de ces groupes par des familles arabes sunnites, dans le but d’homogénéiser la population de l’Irak25 et d’imposer une identité arabe dans le pays26.

Dans les années qui suivent l’invasion américaine de l’Irak et la chute du régime baassiste, le quotidien des Yézidis dans le pays est considérablement impacté par la montée des tensions sectaires et des violences interconfessionnelles. Durant la guerre civile, les minorités religieuses d’Irak sont la cible d’attentats terroristes et les Yézidis subissent des attaques extrêmement violentes régulièrement. Par exemple, durant l’année 2007, dans la région de Sheikhan au nord du Kurdistan irakien, des émeutes sunnites éclatent contre des centres culturels yézidis. La même année, un groupe de terroristes  exécute tous les passagers d’un bus de travailleurs yézidis à Mossoul27. Ces attentats et ces violences commises à l’égard de cette communauté semble constituer « un véritable prélude au génocide de 2014 »28

Organiser la reconnaissance politique et juridique du génocide des Yézidis

Après l’horreur, il convient de documenter, enquêter et juger les crimes commis tout en constituant une mémoire pour se souvenir. Une bataille pour la reconnaissance du génocide commence ainsi à être menée par différents groupes d’acteurs locaux, issus de la diaspora, ONG ou politiques après 2014.

Il y a deux principaux axes de lutte pour la reconnaissance des crimes commis à l’égard des Yézidis que nous aborderons ici. Le premier est lié au travail des ONG, de tribunaux et d’acteurs internationaux et de la diaspora yézidie qui ont permis de documenter les faits et la construction d’une mémoire collective, ce qui a conduit à des premiers procès et jugements. En outre, il y a le contexte de lutte pour la reconnaissance des Yézidis à l’intérieur des frontières de l’Irak, dans lequel les Yézidis doivent faire face à la répression de certains acteurs politiques du GRK (Gouvernement régional du Kurdistan) ou de l’État fédéral irakien.

Sur le plan international, la reconnaissance du génocide des Yézidis est encore un combat dix ans après les faits. Il existe des actions relevant du domaine de l’humanitaire menées par certains gouvernements ou par des ONG29 tel que des procédures d’accueil, des programmes d’aides humanitaires ou de soutien psychologiques à l’attention des femmes et des enfants rescapés30

L’Allemagne a joué un grand rôle juridique dans la reconnaissance du génocide dans la mesure où, la République fédérale à travers sa politique d’accueil31 et son principe de compétence universelle (Weltrechtsprinzip)32 a réussi à mener des enquêtes, recueillir des témoignages de victimes et juger et condamner des coupables du génocide. Le premier procès au monde concernant le génocide des Yézidis a eu lieu le 30 novembre 2021, soit sept ans après les faits, au tribunal régional de Francfort, durant lequel Taha Al-J, ancien membre de l’EI a été rendu coupable de génocide et de crimes contre l’humanité : « Le jugement historique rendu aujourd’hui confirme pour la première fois dans une salle de tribunal que les actes de l’État islamique contre la minorité religieuse des Yézidis dans le nord de l’Irak constituent un crime de génocide. Les victimes qui ont témoigné dans cette affaire ont décrit avec force détails poignants le caractère systématique de l’extermination ciblée des Yézidis en Irak »33.

L’Allemagne a donc permis depuis 2020 l’organisation des premiers procès contre des membres de l’EI impliqués dans le génocide des Yézidis en Irak. L’organisation de ces procès a ainsi contribué à la reconnaissance du génocide des Yézidis par le Parlement allemand en janvier 2023. Mais il faut tout de même évoquer le fait que cette reconnaissance politique a aussi pu être faite grâce à l’activisme de la diaspora yézidie d’Allemagne ainsi que d’autres militants pour les droits humains, qui se sont regroupés afin d’obtenir une reconnaissance et bâtir une mémoire. Des procès ont pu avoir lieu aux Pays-Bas ou aux États-Unis mais ceux-là restent des cas isolés. D’autres États, de plus en plus nombreux, reconnaissent le génocide des Yézidis comme la France34 et la Grande-Bretagne. 

Selon Nathalie von Wistinghausen, avocate spécialisée en droit pénal et international relatif aux crimes de guerre, aux crimes contre l’humanité et aux génocides, qui a représenté des victimes du génocide durant ces procès en Allemagne, « le traitement juridique des crimes commis par l’EI à l’encontre des Yézidis n’en est encore qu’à ses prémices. »35. Le travail juridique est colossal étant donné le nombre de victimes. Aujourd’hui le bilan du génocide se dresserait à environ 2700 personnes toujours portées disparues36, 5 000 morts, 7000 femmes et filles capturées37 et plus de 200 000 personnes déplacées dans la région du Kurdistan irakien vivant à l’intérieur ou en dehors de camps38.

Sur le plan international, il convient de citer, de surcroît, l’activisme de Nadia Murad, une figure de la bataille pour la reconnaissance du génocide de la communauté yézidie sur la scène internationale. Lors de l’attaque du 3 août 2014, elle a 21 ans et vit dans le village de Kojo avec sa famille au sud des monts Sinjar39. Elle perd une partie de sa famille et est contrainte à l’esclavage sexuel par l’EI jusqu’à ce qu’elle réussisse à s’échapper. En 2015, grâce à une ONG américaine, elle réussit à rejoindre l’Allemagne puis elle est amenée à témoigner devant le Conseil de sécurité des Nations Unies et contribue à travers son témoignage à rendre la cause des Yézidis visible sur la scène internationale40.

Il est également important de revenir sur l’UNITAD, soit l’équipe d’enquête spéciale des Nations unies chargée de concourir à amener Daesh/État islamique d’Irak et du Levant à répondre de ses crimes, créée en 2017 lors de l’adoption de la Résolution 237941 au mois de septembre de la même année par le Conseil de sécurité des Nations unies à la demande de l’Irak. Cette équipe, constituée d’experts irakiens et internationaux, a pour mission de « soutenir l’Irak dans la collecte, la préservation et la conservation des éléments de preuves des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide commis par Daesh sur le sol irakien. »42, depuis le mois d’août 2018. L’UNITAD a permit de rassembler la “preuve claire et convaincante qu’un génocide a été commis par l’EI contre les Yézidis en tant que groupe religieux”43.

Si sur le plan international, les initiatives juridiques et humanitaires donnent lieu à la mise en place progressive d’une justice à l’égard des victimes et à la construction d’une mémoire, sur le plan local, les Yézidis luttent toujours pour obtenir réparation.

En Irak, des initiaves portées par des acteurs locaux afin d’enquêter sur le génocide ont permis de collecter des informations sur les massacres en cas d’actions d’une organisation internationale44. Cependant, sur le plan politique, les Yézidis se heurtent à différents obstacles et sont soumis à des pressions exercées par les autorités locales kurdes ou irakiennes. 

Malgré une volonté de la part de l’État irakien d’enquêter et de juger les responsables des crimes contre la communauté yézidie en 2017 avec UNITAD, il existe une réalité locale autre dans laquelle aujourd’hui encore les Yézidis souffrent d’un « manque de sécurité »45, d’un « silence forcé »46 et d’une « répression politique »47

Le Parlement irakien reconnaît le génocide commis par l’EI depuis mai 2021, cependant, plusieurs questions concernant l’après-génocide à l’instar du retour des Yézidis dans les villes et les villages touchés par les attaques de l’EI, la question de de leur sécurité dans la région ou du rôle des peshmergas lors du génocide restent des problématiques majeures à traiter. 

Dans un premier temps, les relations intercommunautaires dans la région depuis 2014 sont extrêmement tendues entre les Yézidis et les populations musulmanes, accusées d’avoir coopéré avec Daesh. La confiance est également brisée entre les Yézidis et les Kurdes et plus particulièrement les peshmergas, accusés de ne pas avoir assurer la protection des populations yézidis durant le génocide en 2014, représentant pourtant la seule force de sécurité dans la région à l’époque : « Au moment où Daesh a commencé son attaque dans la région de Shengal, les peshmergas se sont retirés sans la moindre résistance. Déjà au moment où les groupes armés de Daesh attaquèrent les villages yézidis au sud de Shengal-ville, le 3 août 2014, la plupart des peshmergas en charge de la sécurité des civils avait évacué tous les postes, abandonnant la population civile aux combattants islamistes. Même au nord des montagnes, les habitants n'ont reçu aucun avertissement de la part des peshmergas, du PDK48 ou des responsables gouvernementaux concernant les attaques et le retrait des forces armées kurdes. »49

Ces accusations d’abandon de la part des peshmergas doivent également faire l’objet d’une enquête approfondie dans la mesure où les peshmergas pourraient être désignés comme étant complices de génocide50.

Ensuite, il y a l’aspect de la reconstruction des zones touchées par les attaques de l’EI en 2014. Le 9 octobre 2020, un accord conclu entre le GRK51 et le gouvernement fédéral de l’Irak sous la coordination des Nations Unies, prévoyait la reconstruction des zones touchées par les affrontements et les massacres au Nord de l’Irak, cependant il a été vivement critiqué et rejeté par la communauté yézidie, accusant Bagdad de vouloir renforcer son contrôle sur la région en démantelant les forces de défense des yézidis52

En mars 2023, le gouvernement irakien prévoyait une somme de 38,5 millions de dollars dédiés à la « reconstruction du Sinjar et de la plaine de Ninive (…) et ainsi assurer le retour de quelque 200 000 déplacés ayant majoritairement trouvé refuge dans des camps de déplacés situés dans le nord de l’Irak »53. Cependant, en juillet 2014, cette décision de fermer les camps est annulée par le gouvernement en raison des risques et menaces sécuritaires pour la région dans laquelle se trouvent des combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). 

Les Yézidis sont également sujets à une certaine “asphyxie”, de la part des acteurs politiques kurdes et irakiens qui se traduit par un embargo ciblé uniquement dans le district du Shengal (ou Sinjar) et à des restrictions de mouvements dans le but d’anéantir les volontés d’autonomie chez les Yézidis. Cette asphyxie empêche la construction d’une mémoire collective des Yézidis en Irak dans la mesure où elle provoque aussi une censure des Yézidis dans le domaine médiatique. 

Pour exemple, la chaîne de télévision yézidie, Cira TV54 dont le siège principal se trouve en Allemagne s’est focalisée sur l’actualité de la région du Sinjar après 2014 et a permit pendant un temps de collecter et diffuser des témoignages de victimes et documenter le génocide. Finalement, le média a fini par faire l’objet de censure et de pressions de la part des autorités du GRK, irakiennes et même turques mettant un terme au partage d’une mémoire collective. 

Plus récemment, en septembre 2024, Bagdad a demandé le départ de l’équipe scientifique UNITAD dans un contexte de réaffirmation de la souveraineté nationale irakienne « à l’heure où les discussions se poursuivent sur le retrait des troupes américaines du pays en septembre 2025, alors que ces dernières sont présentes depuis 2014 pour lutter contre l’EI»55. Cette décision s’expliquerait également par une « volonté de tourner la page de cette période devenue tabou et de ne pas réveiller les ressentiments confessionnels entre sunnites et chiites, qu’avait renforcés la présence de l’EI en Irak »56. Cette décision entrave ainsi les activités des experts dont notamment les fouille de fosses communes constituant des preuves tangibles du génocide des Yézidis dans le pays.

Que ce soit sur la scène internationale où l’ampleur de la tragédie des Yézidis rend la reconnaissance juridique des victimes du génocide, progressive mais lente, ou dans le contexte local irakien où les luttes pour le contrôle de la région du nord de l’Irak et le tabou de cette période entrave la constitution d’une mémoire collective, le combat des Yézidis pour la justice et la reconnaissance se perpétue et continue de  marquer l’histoire d’une communauté caractérisée par des persécutions et une violence cyclique.

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.9

  1. « Les Yézidis, éternels boucs émissaires », Vicken Cheterian, Le Monde diplomatique 

  1. “Les Yézidis, entre reconnaissance de l’identité et émigration” Shivan Darwesh, Confluences Méditerranée, 2018/2 N°105 

  1. Ibid « Dans la croyance des Yézidis, l’âme provient d’une graine (semence) divine, semée dans le corps « humain » ; ce corps (le cœur, la langue, les yeux) est à l’origine des penchants pour les mauvaises choses si l’esprit ne vient pas à les contrôler.”

  1. Le français admet deux transcriptions pour désigner l’Irak, “Irak” ou “Iraq”. La forme “Irak”, plus fréquemment utilisée pour désigner le pays dans les sources francophones, a été choisie dans cet article. Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/irakien/44214 

  1. “Les Yézidis en Irak : Islamisation démographique, divisions internes et moteurs de génocide perpétuel”, Majid Hassan Ali, CFRI (Centre français de recherche sur l’Irak)

  1. Encyclopedia Universalis, «État islamique ou Daesh ou Daesh».

 

Pour des connaissances plus approfondies sur le contexte irakien et l’EI : 

  1.  « Les Yézidis, éternels boucs émissaires », Vicken Cheterian, Le Monde diplomatique « Durant l’été 2014, l’OEI mena une offensive-éclair. En juin, quelques centaines de djihadistes créaient la surprise en s’emparant de Mossoul, deuxième ville d’Irak. Les forces militaires irakiennes, estimées à 30 000 hommes, abandonnèrent rapidement les lieux, dans le contexte d’une lutte de pouvoir entre des tribus sunnites privées de leurs droits et des notables urbains mécontents de leur perte d’influence après l’invasion américaine. C’est aussi une conséquence de la politique sectaire du premier ministre chiite d’alors, M.Nouri Al-Maliki. »,

  1. « Les Yézidis, éternels boucs émissaires », Vicken Cheterian, Le Monde diplomatique 

  1. Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, New York, 9 décembre 1948. Sur la définition du terme « génocide » : « Selon la Convention, le génocide s’entend d’un certain nombre d’actes commis dans l’intention de détruire, intégralement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux tels que : le meurtre de membres d’un groupe ; l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; l’application des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; et le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

  1. Rapport de l’Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights United Nations Assistance Mission for Iraq – Human Rights Office

“A Call for Accountability and Protection: Yezidi Survivors of Atrocities Committed by ISIL” Août 2016 “Those Yezidi who managed to survive the initial onslaught reported that, usually as soon as they were intercepted by ISIL, they were told to convert to Islam or be killed. Those who refused were killed immediately, often in front of the other captured Yezidi. Those who complied under this extreme duress, were nonetheless subjected to severe ill-treatment and sexual violence.”, p. 10

  1. Ibid. Consulter également Cyril Roussel “Nettoyage ethnique, déplacements de population et repeuplement dans le gouvernorat de Ninive (Mossoul, Nord-Irak), Outre-Terre 2015/3, n°44 «Une fois les personnes rassemblées dans des locaux collectifs, les hommes et les femmes étaient séparés. Les femmes de leur côté étaient triées par catégories : jeunes filles ; femmes mariées ; femmes avec enfants ; personnes âgées. On leur a ensuite demandé d’opter pour la conversion ou la mort. Au bout d’environ une semaine de détention, les nouvelles converties étaient transférées par centaines à Mossoul dans de grands dépôts de marchandises. C’est là que les combattants islamistes pouvaient choisir parmi les jeunes filles des épouses ou des esclaves. Les autres, hommes, femmes et enfants, étaient transférés sur leurs nouveaux espaces de vie.»

  1. Ibid 

  1. Le corps des Peshmergas désigne les forces de défense kurdes. Ils se sont engagés dans la lutte contre l’EI en 2014 à la demande du pouvoir central irakien. 

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.14

  1. Pierre-Jean LUIZARD, La question irakienne, Paris, Fayard, 2002, p.20

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.14

  1. Pierre Vermeren, La France en terre d’islam, 2016, Chapitre VI. Le retour de la protection des chrétiens d’Orient au Levant 

  1. Leyla DAKHLI, Le Moyen-Orient – Fin XIXème-XXème siècle, Édition du Seuil, novembre 2016, p.74-75

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.15

  1. Ibid, p.16 « Au cours de plusieurs siècles, les Yézidis ont été la cible de campagnes armées pour des raisons politiques, légitimée par un prétexte idéologique-religieux. En réaction, les Yézidis ont toujours essayé de réaffirmer leur identité religieuse et de garder leur autonomie face à la domination de l’État ottoman. (…) Dans plusieurs documents d’archives ottomans, les Yézidis sont en fait décrits comme des ‘infidèles’, des ‘apostats’, ou encore des ‘hérétiques’. Et cela fournit la justification pour les massacres commis à l’égard des Yézidis : le fait que les Yézidis étaient considérés comme des ‘apostats’ avait des implications politiques puisque, si quelqu’un était considéré comme tel, il n’était pas illégal de verser son sang, selon la loi islamique ».

  1. Ibid, p.9. Ce terme de ferman est tiré des décrets de la Sublime Porte contre les minorités de l’Empire.

  1. Ibid, p.23

  1. « Baath, Ba’th ou Baas », Encyclopedia Universalis

  1. Pour en savoir plus sur la politique d’arabisation, consulter Françoise Brié « Irak : au pays des déportés », Outre-Terre, n°14, 2006, pp.193-212 

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.24 « Imposer l'identité arabe aux communautés non-arabes au Nord du pays est en fait un élément central de la politique d’arabisation mise en place par le régime qui se sert de la bureaucratie, de la législation et des institutions de l'État pour atteindre cet objectif. Le but principal du gouvernement baathiste est de contrebalancer les clivages identitaires pour empêcher une cohésion des Yézidis et d’autres groupes minoritaires avec le mouvement nationaliste kurde. »

  1. Ibid, p.29

  1. Ibid 

  1. Citons par exemple le travail de l’ONG Nonviolent Peaceforce qui s’est engagé dans la région du Sinjar, notamment dans le village de Hardan et dont les actions ont, entre autres, permis à de nombreux survivants du génocide d’être indemnisés conformément à la loi adoptée par le gouvernement irakien en mars 2021 dans laquelle il est prévu une indemnisation ainsi qu’un soutien à l’égard des survivants du génocide des Yézidis: «On March 1 2021, the Iraqi Government passed the Yazidi Survivors’ Law, which instituted compensation and support to survivors of the Yazidi Genocide. In mid-August 2022, an online platform was opened to apply for these services and the DoS opened offices in Sinjar Town to assist survivors in their applications. Survivors living in Hardan, however, faced challenged navigating the platform due to limited literacy and accessibility. (...) As a result of NP’s protective accompaniment, all survivors in Harden were successfully able to apply for the Yazidi Survivors’ Law benefits. By March 2023, 17 of the women that NP had accompanied had received their compensation and noted that NP’s negociations and rumour control, NP was able to improve the responsiveness of duty bearers to community needs and increase the community’s access to services safely.», Consulter « Mitigating tensions between community members and duty bearers - A review of NP’s work in Hardan Village, Sinjar District, in 2022

  1.  « Des larmes pour ambassade – Les Yézidis sur la scène internationale après les massacres du Sinjar », Estelle Amy de la Bretèque, Homo diplomaticus, 73, 2020  p.26-43

  1.  Entretien avec Natalie von Wistinghausen, propos recueillis par Bérénice Zunino, Fabien Théofilakis – « L’Allemagne et le génocide des Yézidis, pratiques judiciaires et reconnaissance politique », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2024/ N°293, pp.33-40 « Les Yézidis d’Allemagne, estimés à 200 000 membres, constituent de loin la plus grande diaspora de ce peuple. Beaucoup de Yézidis se sont réfugiés en Allemagne après les persécutions et meurtres systématiques et le génocide mené en 2014 par l’État islamique contre leur communauté. En 2015, environ 1000 femmes ont pu arriver dans le Bade-Wurtemberg sur un quota spécial. Le Land avait décidé d’accueillir, de sa propre initiative, des femmes et des enfants qui avaient été victimes de la milice terroriste de l’EI. La présence d’un important groupe de Yézidis en Allemagne ainsi que l’appartenance à l’EI de nombreux ressortissants allemands, et donc une probabilité plus élevée de mener des investigations fructueuses contre les criminels, ont sans doute été déterminantes pour permettre au procureur général fédéral (Generalbundesanwalt), abregé en GBA) d’ouvrir une procédure d’enquête, dite structurelle, sur la ‘persécution des Yézidis par l’EI’. Beaucoup de survivants yézidis ont ainsi été entendus comme témoins. (…) Les dépositions des femmes yézidies ont joué un rôle central, elles avaient été retrouvées avec l’aide d’une ONG locale et amenées d’Irak en Allemagne pour témoigner. »

  1. Ibid. Sur le principe de compétence universelle : « Certains pays – dont l’Allemagne – ont adopté le principe de compétence universelle (Weltrechtsprinzip), selon lequel le droit pénal national s’applique également aux faits qui n’ont pas de lien spécifique avec le territoire national, c’est-à-dire quel que soit le lieu de l’infraction et sans égard à la nationalité des coupables ou des victimes. Ainsi, un ressortissant irakien a pu être condamné en novembre 2021 par la Cour d’appel régionale de Francfort-sur-le-Main à la réclusion à perpétuité à cause de son appartenance à l’EI et des crimes qu’il avait commis contre les membres de la communauté religieuse yézidie (génocide, esclavage, mauvais traitements) » 

  1. « Allemagne/Irak. Premier jugement au monde concernant le crime de génocide commis contre les Yézidis », Amnesty International,, 30 novembre 2021

  1. « Génocide des Yézidis : 10 ans après, quelle mémoire et quelle justice? », Rédaction Public Sénat. Voir la proposition de loi déposée le 17 avril 2024 au Sénat, «Proposition de loi visant à reconnaître le génocide du peuple Yézidis commis par Daesh»

  1. « Allemagne/Irak. Premier jugement au monde concernant le crime de génocide commis contre les Yézidis », Amnesty International,, 30 novembre 2021

  1. « Soutien accru nécessaire pour les survivants des massacres de Sinjar », OIM ONU Migration

  1. « Dix ans après, des femmes et des enfants yézidis encore aux mains de Daesh », Guillaume Perrier, Le Point

  1. « Soutien accru nécessaire pour les survivants des massacres de Sinjar », OIM ONU Migration

  1. « Des larmes pour ambassade – Les Yézidis sur la scène internationale après les massacres du Sinjar », Estelle Amy de la Bretèque, Homo diplomaticus, 73, 2020  p.26-43

  1. Consulter le discours de Nadia Murad lors de sa remise du Prix Nobel de la Paix en décembre 2018 à Oslo

  1. Résolution 2379, Conseil de sécurité 

  1. Mécanismes d’enquête pré-juridictionnels – UNITAD – « Qu’est-ce que l’UNITAD et comment fonctionne-t-il ? », France Diplomatie

  1.  « Les enquêteurs de l’ONU ont réuni les preuves du génocide de l’EI contre les Yézidis », Stéphanie Maupas, Le Monde, mai 2021

  1. Irak : Yézidis les survivants », Arte reportage. Ce reportage retrace notamment les actions d’une commission d’enquête de Dohuk au Kurdistan irakien d’une vingtaine d’employés qui enquêtent sur le génocide des yézidis et collectent des informations sur le génocide en cas d’actions d’une organisation internationale. 

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.52 

  1. Ibid 

  1. Ibid

  1. Le PDK, parti démocratique du Kurdistan, est créé en 1946 par Mollah Moustapha Barzani. 

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.32

  1. Ibid, p.34 « Les peshmergas étant la seule force de sécurité présente dans la région à ce moment, il est essentiel que ces accusations fassent l'objet d'une enquête, étant donné que les peshmergas pourraient même être retenus complices de génocide sur la base du précédent représenté par le cas de l’implication néerlandaise dans le massacre de Srebrenica en 1995 ».

  1. Le GRK désigne la région autonome du Kurdistan irakien formée en 1992 «  par l’Assemblée nationale du Kurdistan, le premier parlement démocratiquement élu au Kurdistan (et en Irak) après l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne destinée à protéger la Région du Kurdistan de la violence de l’ancien régime Baas irakien». Consulter histoire du KRG sur le site internet france.gov.frd

  1. Ibid, p.43 « L’accord, conclu sous la coordination de la mission de l’ONU en Irak, a pour conséquence le renforcement de l’autorité de Bagdad sur la région, prévoyant le démantèlement des unités de défense yézidie. L’accord permet aux autorités irakiennes de démanteler la région de ses nombreuses forces armées en replaçant la fonction de la sécurité dans les mains de Bagdad. Cette décision a déclenché une protestation massive des Yézidis à Shengal, qui surtout ont contesté le démantèlement des unités de défense yézidie. Celles-ci sont constituées majoritairement par des survivants retournés pour défendre Shengal. »

  1. « L’ONU contrainte de cesser son enquête en Irak sur le génocide yézidi », Tatiana Krotoff, L’Orient-Le-Jour

  1. “Shengal - Une histoire sans fin - Le génocide des Yézidis et la perpétuation de la violence politique en Irak et au Moyen-Orient”, Nora Togni, p.7

  1. « L’ONU contrainte de cesser son enquête en Irak sur le génocide yézidi », Tatiana Krotoff, L’Orient-Le-Jour

  1. Ibid 

Le génocide des Yézidis – Histoire d’un peuple persécuté et bataille pour la reconnaissance

Le 3 août 2014, les Yézidis de la région du Sinjar au nord de l’Irak sont victimes d’un génocide mené par les combattants de l’État islamique. Cet article se propose de revenir sur ce génocide commis entre 2014 et 2017 par l’EI, ainsi que les luttes sur les plans juridique et politique des différents acteurs yézidis, locaux ou internationaux pour la reconnaissance de ce génocide en tant que tel et revient également sur l’histoire de cette minorité persécutée.
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