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Introduction à la guerre cognitive : les enjeux d’une nouvelle forme de conflictualité

18/12/2024

Citer cet article (ISO-690) :
Zainab MUHAMMAD
,  
2024
,  
Introduction à la guerre cognitive : les enjeux d’une nouvelle forme de conflictualité
,  
CEDIRE.

Cet article est une production du partenariat entre le Laboratoire Cyberespace du CEDIRE et la Commission Innovation de Défense de l’INASP.

Les prémisses d’une nouvelle forme de conflictualité

L'influence est la capacité d'un groupe ou d'un individu à affecter, façonner et déterminer le comportement, les croyances, les décisions et les actions d'individus, de groupes, d'organisations ou de sociétés entières. Elle s'exerce par divers mécanismes, notamment la persuasion, l'autorité, les normes sociales, la communication et les processus psychologiques.(1) L'influence est une manœuvre intentionnelle qui peut se manifester dans différents contextes, comme les relations personnelles, les médias ou la politique. En temps de guerre ou de paix, influencer a toujours été un objectif depuis la nuit des temps. De Sun Tzu à Clausewitz, et jusqu'à aujourd'hui, manipuler son adversaire par des tromperies a toujours été une constante, perfectionnée au fil du temps. Si la guerre d’influence a toujours fait partie des stratégies militaires et politiques, la guerre cognitive franchit un cap en s’attaquant directement à l’esprit humain, à ses perceptions et à ses comportements.(2)

À l’ère numérique, où les informations circulent instantanément et où les algorithmes façonnent nos décisions, cette guerre transforme profondément les dynamiques de pouvoir. Nos outils quotidiens, comme les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, et même les IA génératives comme ChatGPT, sont utilisés pour créer et alimenter des conflits, combinant le champ de bataille entre des cibles géographiques et des dégâts physiques avec l'esprit humain lui-même.  En ce sens, la prolifération de l’environnement technologique redéfinit l’art de l’affrontement et la guerre cognitive en est la parfaite illustration. 

La guerre cognitive peut être comprise comme un prolongement de la guerre de l’information et de l’influence, mais elle se distingue par son approche et ses méthodes. La guerre de l’information se concentre sur le contrôle et la manipulation des systèmes d’information pour obtenir des avantages stratégiques dans les conflits, en utilisant les canaux de communication. L’objectif principal est de perturber, tromper ou dominer les réseaux d’information et de communication de l’adversaire.(3) La guerre cognitive quant à elle, cible directement l’esprit humain, avec pour ambition d’influencer ou de perturber les processus cognitifs des individus ou des groupes. Elle cherche à instrumentaliser la cognition humaine afin de manipuler la perception de la réalité, la prise de décision et la formation des croyances.(4) Alors que la guerre de l’information s’intéresse au flux externe et au contrôle de l’information, la guerre cognitive agit sur les processus mentaux internes, capables de déstabiliser les sociétés de l’intérieur. 

Dans le cadre de la guerre cognitive, ce ne sont pas seulement les modes opératoires qui évoluent, mais également les objectifs poursuivis et les outils employés. L'affrontement informationnel n'est qu'un outil servant à atteindre les objectifs stratégiques. Le flux d'informations est réorganisé spécifiquement pour influencer et cibler les processus cognitifs humains. Comme le définit l’OTAN, l’objectif de la guerre cognitive est “d’influencer non seulement ce que pensent les individus ciblés, mais aussi comment ils pensent, et finalement comment ils agissent”.(5) Pour atteindre cet objectif, la guerre cognitive utilise des stratégies psychologiques et informationnelles afin d’influencer et de manipuler les perceptions, les croyances et les processus de prise de décision des individus ou des groupes. Les experts décrivent les différentes opérations existantes menées “à diverses échelles et à distance: populations, soldats, groupes ou minorités d’opinion”.(6) Ces opérations s’appuient sur les outils relatifs aux nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives (NBIC), tels que les outils numériques et l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, les substances chimiques, la saturation de l’attention ou les biais cognitifs. En ciblant ces vecteurs, la guerre cognitive permet de “conquérir un territoire, perturber les services publics, provoquer un changement de gouvernement, influencer les élections, saper la confiance, inhiber la pensée critique ou déstabiliser et influencer une population cible en radicalisant les opinions, discréditant les organes de gouvernance”.(7)

Ainsi, la guerre cognitive représente à la fois une continuité et une transformation dans l’art de l’affrontement, marquant un repositionnement stratégique centré sur l’humain et son cerveau.

Une image contenant texte, diagramme, Police, capture d’écran
Figure 1 : Esquisse conceptuelle des campagnes de guerre cognitive(8)

Le schéma ci-dessus illustre le fonctionnement d’une attaque cognitive. Cette manipulation cognitive stratégique permet non seulement à des entités d’atteindre des avantages politiques et économiques, mais elle exacerbe également les tensions existantes et crée de nouvelles formes de guerre asymétrique. Elle montre également la complexité de la conflictualité cognitive, un aperçu de l’écosystème qui l’entoure et surtout le rôle du cerveau humain. 

Le rôle central du cerveau humain dans la guerre cognitive

Le cerveau est l’organe biologique qui centralise toutes les fonctions, stocke les connaissances et traite les émotions ; il peut être utilisé comme une arme puissante à double usage pour obtenir des avantages stratégiques majeurs. En maîtrisant ses fonctionnalités, des individus, des groupes ou des entités peuvent exercer un contrôle et maintenir une supériorité cognitive dans leurs stratégies d’influence, contribuant ainsi à une intensification de la guerre cognitive. Cet article vise à mettre en lumière le fonctionnement du cerveau et les principaux aspects de cet organe pouvant être exploités à des fins militaires. 

 

Le cerveau est l’organe central responsable du traitement des informations, du contrôle des comportements et de l’orchestration des fonctions cognitives telles que la pensée, l’apprentissage et la mémoire. Son réseau complexe de neurones et de connexions synaptiques lui permet d’interpréter les stimuli sensoriels, de générer des réponses et de stocker des connaissances.(9) Dans le contexte de la guerre cognitive, l’importance du cerveau réside dans son rôle de cible et d’arme de l’influence cognitive, visant à façonner les perceptions, les croyances et les processus de prise de décision. Ainsi, l’objectif est d’exploiter et de manipuler les vulnérabilités du cerveau en comprenant son fonctionnement et sa susceptibilité à différentes formes de manipulation. Comme décrit dans l’illustration ci-dessous, le cerveau est divisé en quatre lobes (frontal, pariétal, temporal, occipital) qui gèrent le raisonnement, la planification, les émotions et la mémoire. 

Figure 2 : Les différentes parties du cerveau(10)

En plus de centraliser ces fonctions cognitives, le cerveau stocke une immense quantité de connaissances. La connaissance est l'accumulation d'informations, de compétences et de compréhension que les individus acquièrent à travers l'expérience, l'éducation et l'apprentissage. Elle englobe à la fois les connaissances explicites — des faits et des théories facilement articulables et partageables — et les connaissances tacites, comme les intuitions issues d'expériences personnelles ou l'expertise développée par la pratique.(11) La connaissance n’est pas statique ; elle évolue au fur et à mesure que les individus acquièrent de nouvelles expériences, réinterprètent des informations anciennes et les intègrent dans leur compréhension existante. Elle constitue la base de la prise de décision, de la résolution de problèmes et de l’innovation, permettant aux individus et aux sociétés de naviguer et de donner un sens au monde. Cela forme la base de l'intuition et de l'expertise, permettant aux individus de prendre des décisions rapides et éclairées sans nécessiter de délibération consciente. Ce système de stockage dynamique est fondamental pour notre capacité à apprendre, à nous adapter et à appliquer des connaissances antérieures à de nouvelles situations, favorisant ainsi la résolution de problèmes, la créativité et la pensée critique. Cela dit, en explorant les fonctionnalités dissimulées du cerveau, on entrevoit des vulnérabilités potentielles qui peuvent être exploitées à des fins d'influence ou pour des attaques cognitives sophistiquées.

Ainsi, la militarisation du cerveau implique d’exploiter les différentes fonctions cognitives à des fins stratégiques. Mais elle peut aussi être comprise via les recherches scientifiques au service des avancées militaires. Les recherches en neurosciences et en sciences cognitives ont considérablement approfondi notre compréhension du fonctionnement du cerveau, en particulier dans des domaines comme la perception, la mémoire et les émotions. Ces connaissances ouvrent la porte à des exploitations sophistiquées par la manipulation externe de ces fonctions cérébrales à des fins stratégiques. Certains experts parlent même de la « militarisation des neurosciences », à l'image de James Giordano(12), dont les travaux se concentrent sur la manière dont les avancées en neurosciences peuvent être appliquées aux opérations militaires et de renseignement. Il soutient que la militarisation des neurosciences pourrait transformer fondamentalement la nature des conflits, passant des guerres cinétiques traditionnelles à des formes plus subtiles et insidieuses de guerre cognitive, où l'esprit et le cerveau deviennent les principaux champs de bataille.(13) Sur un plan stratégique, la militarisation des neurosciences consiste à exploiter les sciences neurocognitives pour obtenir un avantage dans les domaines du renseignement, du contre-renseignement et des opérations psychologiques. Sur le plan tactique, cela pourrait inclure l'utilisation de neuro améliorations pour les soldats ou les agents, le déploiement de neuro armes en combat ou encore l'application d'informations neuropsychologiques pour concevoir des campagnes de propagande et de désinformation plus efficaces.(14)  

Le concept de super-soldat implique l’utilisation de technologies avancées, telles que l’amélioration neurocognitive et les interfaces alimentées par l’intelligence artificielle, pour augmenter les capacités cognitives et physiques des personnels militaires. Cela signifie améliorer la mémoire, la vitesse de prise de décision et la régulation émotionnelle, rendant ainsi les soldats plus efficaces et résilients dans des situations de combat.(15) À long terme, ces améliorations pourraient également s’étendre à des systèmes télécommandés ou autonomes, où les soldats pourraient contrôler des drones ou d’autres machines avec leur esprit, fusionnant ainsi les capacités cognitives humaines avec des robots avancés. L’objectif ultime est de créer une nouvelle génération de combattants dont les capacités dépassent largement celles des soldats traditionnels, offrant ainsi un avantage stratégique sur le champ de bataille. 

Pour atteindre cet objectif de création d’un super-soldat, les recherches dans le domaine des technologies d'amélioration humaine se concentrent sur « le processus visant à augmenter la forme physique ou les fonctions cognitives, physiologiques, sensorielles ou sociales au-delà des performances de base ».(16) Ces recherches s’inscrivent également dans le cadre de la biotechnologie, définie comme « une discipline vaste exploitant des processus biologiques, des cellules ou des composants cellulaires pour développer des produits et de nouvelles technologies à des fins spécifiques ». Les programmes de la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) attestent de cette ambition de maîtriser ce domaine, en effet, ils ont développé des prothèses neuro contrôlées, comme le bras prothétique LUKE Arm, qui peut être contrôlé directement par le cerveau. Ces prothèses, qui utilisent des technologies avancées d'interface cerveau-machine, peuvent être contrôlées par les pensées, recréant ainsi une sensation proche de celle des membres biologiques.(17)

Ainsi, les avancées scientifiques liées au domaine militaire redéfinissent la nature des conflits, désormais considérés comme une « bataille cognitive à quatre dimensions », portant sur les émotions, l’attention, la compréhension et la prise de décision.(18) Autrement dit, l’action militaire sur les émotions des soldats, leur capacité de concentration et de vigilance, leur analyse de l’environnement ou encore leur prise de décision, représente des fonctions à la fois souhaitables et possibles pour les armées. 

En 2008, le Conseil national de la recherche des Académies nationales des sciences a reconnu le potentiel des sciences du cerveau pour des applications militaires et de guerre, bien qu'elles ne soient pas encore totalement opérationnelles.(19) Cependant, en 2014, un rapport de suivi des Académies nationales intitulé “Emerging and Readily Available Technologies and National Security: A Framework for Addressing Ethical, Legal, and Societal Issues”,(20) ainsi qu'une série de livres blancs du groupe d’évaluation stratégique multicouche des chefs d’état-major interarmées et un rapport de 2013 du Conseil Nuffield, ont conclu que les avancées dans les sciences du cerveau avaient atteint un niveau de développement qui les rendait viables, précieuses et préoccupantes pour les usages militaires.

Le rôle stratégique du cerveau souligne son impact significatif dans la guerre cognitive, faisant de lui une arme puissante dans la quête pour l’influence et pour le contrôle, passant ainsi d’une initiale vulnérabilité potentielle à une arme opérationnelle. Ainsi, à l’instar du postulat défendu par J. Giordano, les avancées dans le domaine de l'influence et dans la compréhension du cerveau humain ouvrent de nouvelles perspectives pour agir directement sur l’humain. C'est en cela que le cerveau devient, plus que jamais, un enjeu central des conflits. Particulièrement dans une époque où les nouvelles technologies prennent de plus en plus d’ampleur. 

Les nouvelles technologies comme amplificateur de la guerre cognitive

La guerre cognitive se déploie ainsi sur deux fronts principaux : l’influence et les innovations militaires, deux domaines qui partagent un objectif commun d’optimisation et d’exploitation des failles du cerveau humain. Sur le front de l’influence, il s’agit de manipuler les perceptions, les émotions et les décisions des individus ou des groupes en exploitant leurs biais cognitifs et leurs vulnérabilités psychologiques. Les technologies numériques, telles que les réseaux sociaux, les algorithmes de recommandation ou les systèmes de surveillance de masse, permettent de cibler les individus de manière personnalisée, amplifiant l’impact des campagnes de désinformation et de manipulation. Parallèlement, les innovations militaires visent à intégrer une compréhension approfondie des fonctions cognitives dans le développement de stratégies et d’outils de guerre. L’objectif est d’améliorer les capacités des soldats en optimisant leur résilience mentale, leur capacité de décision rapide et leur adaptation face à des situations complexes, tout en utilisant ces mêmes connaissances pour désorienter ou affaiblir les forces adverses.(21) Cette double dynamique, alliant influence et avancées technologiques, aboutit à des attaques cognitives sophistiquées, qui ne se limitent pas au champ de bataille mais s’immiscent également dans la vie quotidienne, redéfinissant les enjeux de sécurité à l’ère numérique.

En termes d’influence, les cerveaux sont de plus en plus instrumentalisés à des fins politiques ou malveillantes, visant à nuire, manipuler ou prendre l’avantage sur des adversaires.(22) Avec l’intégration omniprésente de la technologie numérique, cette exploitation des fonctions cognitives à travers le cyberespace est déjà une réalité. Premièrement avec internet qui impacte la cognition cérébrale, modifiant l’attention, la mémoire et les interactions sociales, tout en rendant le cerveau plus malléable. Le fonctionnement même d’internet, par le filtrage et la hiérarchisation de l’information, façonne nos schémas de pensée et favorise une dépendance à l’information numérique pouvant impacter nos capacités attentionnelles en promouvant le multitâche médiatique. Cette pratique encourage la dispersion de l’attention et peut réduire notre capacité à maintenir une concentration soutenue sur une seule tâche. De plus, des études montrent que les personnes qui pratiquent fréquemment ce type de multitâche ont plus de difficulté à ignorer les distractions et à passer d’une tâche à l’autre, ce qui peut nuire à leur performance cognitive dans des activités nécessitant une attention prolongée. 

Au-delà d’internet, les réseaux sociaux sont également un amplificateur non négligeable de la guerre cognitive. La structure et le fonctionnement des plateformes de médias sociaux sont conçus pour intensifier les fonctions cognitives du cerveau en capturant et en retenant constamment l’attention, un phénomène connu sous le nom d’économie de l’attention(23). Cette économie exploite les tendances naturelles du cerveau à rechercher des informations nouvelles et stimulantes, rendant les utilisateurs plus vulnérables à l’influence ciblée.  Les acteurs de la guerre cognitive exploitent quatre stratégies principales sur les réseaux sociaux : la perturbation de l’information, la compétition de discours, la manipulation de l’opinion publique et le blocage de l’information.(24) La perturbation de l’information consiste à diffuser des informations fausses ou trompeuses pour semer la confusion et le doute. La compétition de discours vise à inonder l’espace numérique avec certains récits, submergeant ainsi les points de vue concurrents. La manipulation de l’opinion publique repose sur la curation et l’amplification de messages spécifiques pour façonner les croyances et attitudes collectives. Enfin, le blocage de l’information implique de censurer ou de restreindre l’accès à des contenus qui contredisent le récit souhaité. Ces stratégies perturbent collectivement les processus cognitifs et orientent la perception publique. Il est toutefois important de souligner que, pour altérer efficacement la manière de penser du cerveau, les experts doivent agir dans le cadre des croyances et des biais existants des individus. Introduire des idées totalement nouvelles est souvent moins efficace que de modifier ou discréditer celles qui existent déjà. Lorsqu'ils rencontrent une résistance, ces praticiens utilisent les quatre stratégies des médias sociaux pour discréditer les points de vue opposés et renforcer leurs propres récits.  

Dans cette optique, le tableau 1 définit toutes les techniques de manipulation utilisées sur les médias sociaux et leur impact sur la cognition du cerveau. La plupart de ces techniques doivent être orientées vers les émotions, car il s’agit du moyen le plus efficace d’influencer le processus décisionnel, les émotions ayant une influence directe sur la manière dont nous traitons les informations.(25) Cette méthode garantit que le cerveau reste engagé avec le message voulu, modifiant progressivement les perceptions et les attitudes en faveur de l’agenda souhaité. En exploitant les processus cognitifs et les vulnérabilités du cerveau, les médias sociaux deviennent un outil puissant dans l’arsenal de la guerre cognitive, remodelant le paysage géopolitique par une influence psychologique de masse.

Table 1 : Technique de manipulation utilisée sur les réseaux sociaux qui influence la cognition du cerveau. Source : Autrice.

Conclusion

La guerre cognitive s’impose comme une arme puissante du XXIe siècle, capable de remodeler les conflits internationaux, d’affaiblir les démocraties et de menacer la stabilité des sociétés. En exploitant les vulnérabilités du cerveau humain et en utilisant les nouvelles technologies pour influencer les perceptions, les décisions et les croyances, elle redéfinit la guerre moderne. Cette forme de confrontation, subtile mais profondément perturbatrice, s’insinue dans tous les aspects de la vie, de la sphère militaire aux environnements civils, floutant les frontières entre conflits et paix. 

Face à cette menace émergente, il devient urgent pour les nations de repenser leurs stratégies de défense. Cela implique non seulement des avancées technologiques, mais aussi un renforcement de la résilience collective, notamment par l’éducation, la sensibilisation et le développement d’un esprit critique capable de déjouer les manipulations. La guerre cognitive évolue dans un écosystème complexe et interconnecté, qui nécessite une approche pluridisciplinaire. Il est essentiel de croiser les connaissances issues de divers domaines tels que la biologie, la communication, les sciences cognitives, la science politique, mais également la sociologie, la psychologie, et l'informatique. Cette démarche permet de mieux comprendre les mécanismes d’influence, d’anticiper les techniques de manipulation des perceptions, et de développer des stratégies adaptées pour contrer les menaces émergentes. 

Ainsi, la guerre cognitive ne se limite pas à un enjeu militaire : elle pose des questions éthiques, politiques et sociétales sur l’avenir de nos démocraties, la souveraineté numérique et la liberté de pensée.

  1. Cambridge University Press. (n.d.). Influence. Dans Cambridge Dictionary.
  2. Claverie, B., Prébot, B., & Du Cluzel, F. (2021). Cognitive Warfare: La guerre cognitive.
  3. OTAN. (2020). La guerre de l'information.
  4. Claverie, B., Prébot, B., & Du Cluzel, F. (2021). Cognitive Warfare: La guerre cognitive.
  5. Ibid.
  6. Marie Morelle, Cegarra Julien, Damien Marion, André Jean-Marc. Towards a Definition of Cognitive Warfare. Conference on Artificial Intelligence for Defense, DGA Maîtrise de l’Information, Nov 2023, Rennes, France.
  7. Ibid.
  8. Robert Bebber, Cognitive competition, conflict, and war: an ontological approach, Hudson Institute, May 2024
  9. Audevart, A., & Alonzo, M. (2019). Apprendre demain : Quand intelligence artificielle et neurosciences révolutionnent l’apprentissage.
  10. Alexandra Tudor, The anatomy of feelings: what part of the brain controls emotions, Journal, February 2023.
  11. Audevart, A., & Alonzo, M. (2019). Apprendre demain : Quand intelligence artificielle et neurosciences révolutionnent l’apprentissage.
  12. Giordano, J. MWI Video: The Brain is the Battlefield of the Future. Modern War Institute.
  13. Ibid.
  14. NATO Science & Technology Organization. (2023). Science & Technology trends 2023-2043: Across the physical, biological, and information domains (Vol. 2: Analysis). NATO Science & Technology Organization.
  15. Ibid.
  16. Ibid.
  17. Tendances scientifiques : Des chercheurs mettent au point une main robotique capable de sentir des objets. (2019, août 1). CORDIS | European Commission.
  18. Olivier Pinard Legry. (s. d.). Neurosciences et sciences cognitives : comment se préparer à la guerre des cerveaux ? RDN.
  19. Jin, H., Hou, L. J., & Wang, Z. G. (2018). Military Brain Science - How to influence future wars. Chinese journal of traumatology, 21(5), 277–280.
  20. Ibid.
  21. Giordano, J. (2018). "Neurocognitive Warfare: An Emerging Paradigm." Strategic Studies Quarterly.
  22. Olivier Pinard Legry. (s. d.). Neurosciences et sciences cognitives : comment se préparer à la guerre des cerveaux ? RDN.
  23. Davenport, (2002). The attention economy : understanding the new currency of business. Harvard Business Review Press. U.S.
  24. J.-B. Jeangène Vilmer, A. Escorcia, M. Guillaume, J. Herrera, Les Manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties, rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) du ministère des Armées, Paris, août 2018.
  25. Shackman, A. J., & Wager, T. D. (2019). The emotional brain: Fundamental questions and strategies for future research. Neuroscience letters, 693, 68–74.

Introduction à la guerre cognitive : les enjeux d’une nouvelle forme de conflictualité

Le préambule de la Constitution de l’UNESCO stipule que “les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix”. Cela signifierait donc que l’esprit humain est devenu le champ de bataille stratégique. Les dirigeants, en particulier, détiennent les clés pour déterminer le temps de guerre et le temps de paix, en façonnant des décisions qui affectent l’environnement de millions de personnes. Ainsi, la perception d’un individu joue un rôle clé, car elle représente l’interprétation qu’il a de son environnement, influençant directement ses décisions. Cela fait de lui une cible essentielle dans les stratégies de lutte d’influence, avec l’objectif de "gagner les cœurs et les esprits" afin de préserver une supériorité stratégique. Notamment, à la lumière des capacités cyber grandissantes et des avancées scientifiques en neurosciences et sciences cognitives, qui forgent un nouveau champ de bataille : la guerre cognitive.
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